Matricule 8009...
... Deux nuits dans une capsule
Quatre-vingt centimètres de long sur quatre-vingt centimètres de large, et deux mètres de profondeur. Voilà mon espace vitale durant deux nuits. Une capsule, alignée avec trente autres dans cet étage réservé aux femmes. Delphine est dans la rangée en dessous moi, matricule 8010. Fous rires en cascade.

Asakusa, à l’Est de Tokyo. Un immeuble de 10 étages, des néons publicitaires rouges. Un petit escalier extérieur, et nous voilà dans un capseru oteru, ou capsule hôtel, invention purement japonaise et type d’hébergement unique au monde. Créé en 1979, ils reflètent deux réalité typiquement nippones : le rythme frénétique de travail au Japon, et la forte densité de population dans les grandes villes. A Tôkyô par exemple, mégalopole de 33 millions d’habitants, certains quartiers comptent près de 5000 habitants au kilomètre carré.
Situés aux abords des gares et grandes stations, les capsule hôtels sont surtout utilisés par les salarymen*, quand ils ont bu trop tard avec leurs collègues en sortant du travail ou qu’ils ont raté leur dernier train. Mais de plus en plus d’étrangers optent pour cette formule économique.
Prêt-à-dormir
En rentrant dans ces hauts immeubles, il faut acheter son billet pour la nuit dans une machine, autour de 3000 Yens, soit 21 Euros environ, à peine plus cher qu’une auberge de jeunesse. Puis le réceptionniste vous tend serviette et pyjama japonais. Avec les chaussons verts, obligatoires dans tout le bâtiment, tout le monde est très chic !


Formule d’hébergement de dernière minute, le capsule hôtel fournit tout ce qu’il faut pour dépanner ses clients : rasoirs, brosses à dents, cravates, chemises, distributeurs de soupes, de boissons ou encore de cigarettes, machine à laver, et même des machines à jouer.
Claustrophobe s’abstenir !
Huit étages de dortoir, un seul pour les femmes. Il y a cent quarante capsules dans cet hôtel, mais cela peut aller jusqu’à sept cent. Au dernier étage, les bains communs, mais non-mixtes. Une salle avec plusieurs douches, et des petits tabourets en plastiques où les femmes s’assoient pour se laver. Ensuite, détente dans une immense baignoire à l’eau très chaude. Une tradition des bains communs que les Japonais ont conservé, même aujourd’hui alors que leurs appartements sont équipés de salle de bain.
A l’intérieur de la capsule, une radio, un réveil, une lampe, une télévision. Et même un boîtier dans lequel glisser quelques pièces pour voir des films pour adultes…
Par contre, interdiction de dormir à deux !
Un petit store s'abaisse, la capsule est fermée.
Le matelas est fin, l’oreiller dur, mais tout est d’une propreté irréprochable.
Un conseil : prenez garde à votre tête, le boîtier de la télévision est solide…
Oyasumi nasai ** !


* Terme japonais désignant les cadres ou ouvriers d’une entreprise qui passent beaucoup de temps à leur travail et ne participent pas beaucoup à leur vie de famille.
** Bonne nuit !